En demandant un filet social, nous visons la mise en place d’un contrat social de dignité. Le combat pour les travailleur·euses de l’art ne s’arrête pas aux frontières de notre milieu.
Alors que les politiques fascistes, conservatrices et néolibérales cherchent à nous diviser, c’est en nous solidarisant que nous ferons des gains. Solidarité entre les régions, les générations, les gens de toutes cultures et langues, de toutes les identités de genre et sexuelles, de tous les parcours de vie. L’échec est collectif, la lutte aussi.
L’accès à un filet social pour les artistes doit suivre un principe d’inclusion et non d’exclusion. Les artistes sont les mieux placé·es pour déterminer qui est artiste: pas les gouvernements ni les administrateur·ices. Nous voulons une admission sur la base de l’engagement dans la pratique, en reconnaissant que tout le monde n’arrive pas à l’art par les mêmes entrées.
… mais un travail atypique, en dehors du salariat et des heures comptabilisées. Il ne s’agit pas simplement, pour les artistes, de fournir une activité dite “productive”, mais de cultiver un mode de vie, une vision du monde et des pratiques qui contribuent à nous émanciper – soi-même comme les autres.
Nous devons abandonner le fantasme de l’excellence individuelle, dont le vedettariat constituerait la mesure. À tous les moments de son existence – de sa conception jusqu’à son partage – l’art est une expérience collective. Fabriquer des champion·es pour l’exportation, ça ne nourrit pas le milieu. Un champ où il n’y aurait que trois ou quatre fleurs est voué à disparaître.
Ce n’est pas parce qu’une tâche n’est pas payée qu’elle n’est pas travaillée. Notre travail excède largement la machine à puncher. La liste de nos tâches est infinie et, le plus souvent, non-rémunérées (nous sommes notre propre téléphoniste, comptable, relationniste, responsable du financement, direction des ressources humaines, responsable de l’approvisionnement, vendeur·euse, etc.) Pour cette raison et d’autres, le modèle de l’assurance emploi est inadapté à la plupart des disciplines et des travailleur·euses de l’art: visons une allocation universelle plutôt qu’un inaccessible chômage.
Qu’on l’aime ou pas, l’artiste reste artiste et, quand iel n’est plus à la mode, continue de devoir manger. Le succès est une chose arbitraire et passagère ; la pratique, elle, continue – et la vie aussi. Il est temps de dissocier les dispositifs de survie des dispositifs de reconnaissance de l’excellence.
Le filet social n’a pas pour vocation de se substituer aux programmes existants de soutien aux arts. Nous demandons un filet social parce que les bourses actuelles ne suffisent pas à soutenir l'ensemble du processus de création, au-delà de ses moments visibles. Comme les organismes, les artistes traversent des périodes de questionnement, de recherche libre ou de détours infructueux, et ces entre-deux ont aussi besoin de soutien. Il faut sortir de la logique du projet pour entrer dans une logique de pratique.
Pour produire, mais aussi pour survivre, les artistes doivent être soutenu·es dans l’ensemble des moments de l’existence. Comme tout le monde, nous avons besoin de congés de maladie, de congés de proche aidance, d’une retraite… et même de vacances
Au moment où, au sud de la frontière, les gouvernements s’efforcent de museler les arts pour faire disparaître la pensée critique, l’importance sociale des arts gagne en évidence. Nos pratiques nourrissent vos imaginaires et enrichissent votre expérience sensible du monde. On ne soutient pas les artistes par charité, mais parce qu’on reconnaît qu’une société, ce n’est pas qu’une chambre de commerce.
Mais, demandera-t-on, qui va payer? Les artistes ont besoin d’un filet social parce qu’iels sont pauvres, pas simplement parce qu’iels ont des revenus irréguliers. Leurs employeurs – les organismes culturels – ne sont guère plus nantis. Une caisse amassée à même leurs poches, comme l’est l’assurance-emploi, serait la paille qui briserait tous les dos. La question n’est pas “qui nous engage”, mais “qui bénéficie de notre travail”. Réponse: tout le monde. Dans ce contexte, soyons réalistes: prenons l’argent où il se trouve. Nous lançons l’idée d’un prélèvement sur les entreprises d’exploitation des ressources ou sur les profits des méga-industries culturelles et médiatiques
Ami·es artistes, assumons nos idéaux! Nous ne sommes pas que des compétiteur·ices pour le succès ou l’attention! Ayons confiance en notre puissance commune! Ensemble, ayons l’audace et la ténacité de rendre notre milieu meilleur, pour notre bien-être et pour celui de toute la société.